lundi 6 février 2012

Conférence le 29/02

Grâce à une équipe volontaire et bénévole, la commune de Leugny (450 habitants) a ouvert une chouette petite bibliothèque. Afin de mettre en avant cette initiative, ils m'ont invité à donner une conférence sur l'histoire de la justice à travers les grandes affaires criminelles de la Vienne.


RDV le mercredi 29 février, à 20h.

vendredi 27 janvier 2012

Fait(s) Divers

La venue de Nicolas Bonneau à Châtellerault pour le festival des 100 Voix me fait penser à la création d'un spectacle que je n'ai malheureusement pas encore vu : Fait(s) Divers

Pour reprendre le pitch : Après une immersion dans le monde social et politique, avec Sortie d’usine et Inventaire 68, Nicolas Bonneau continue d’interroger notre société, et cette fois-ci, il s’attaque au fait-divers. Le fait-divers, comme le roman noir, dévoile la face cachée des choses, de la société, de l’être humain, jusqu’à parfois l’élever au rang du mythe et de l’universel. Malgré nos réticences (parfois) au voyeurisme, les faits-divers nous fascinent, car ils réveillent une part enfouie de nous-même. Lequel d’entre nous n’a pas un jour refreiné une pulsion ou une pensée hors la loi ? Quelle est notre propre barbarie ? Pourquoi certains passent à l’acte ? Pour traquer le fait-divers, Nicolas Bonneau a choisi de retracer le parcours d’un tueur en série ; non pas pour dresser un portrait complaisant de ce cas extrême, mais pour enquêter sur tout ce qu’il y a autour, les familles, les victimes, questionner la justice et la société. Et aussi raconter une enquête — noire, burlesque et palpitante, celle du conteur roulant en Picardie sur les traces de Jacques B., qui ne sait ce qu’il va découvrir…

Le passage à l'acte, la place des victimes, les questions sur une face "sombre", "barbare" enfouie en chacun de nous, le voyeurisme,... autant de questions sur lesquelles les historiens ont beaucoup travaillé. Le spectacle donnera peut-être les réponses sur la fascination que suscitent les faits divers ou grandes affaires criminelles. 
En attendant (de voir le spectacle un jour), vous pouvez suivre le carnet de bord de Nicolas Bonneau sur son blog : A la recherche de Jacques B.  

lundi 2 janvier 2012

"Tourner la page de 2011"


C'est vrai, il n'est plus tout jeune... mais toujours là ;-) Paru dans la NR du 31/12.

vendredi 16 décembre 2011

Demain sur Planète + Justice

La diffusion du reportage "Des crimes presque parfaits" consacré à Jeanne Weber, l'Ogresse de la Goutte d'Or, et dans lequel j'interviens, est diffusé samedi 17 décembre, à 20h40 sur Planète + Justice ^^

jeudi 10 novembre 2011

Planète + Justice

Dimanche dernier, j'ai eu la chance d'être interviewé par les journalistes de l'émission "Des crimes presque parfaits" de la chaîne Planète + Justice, au sujet de l'affaire de l'Ogresse de la Goutte d'Or. L'émission traite des grandes affaires criminelles du XIXème et du début du XXème siècle.


La diffusion se fera courant décembre. Dans l'attente de news, voici la bande annonce.


Jeanne Weber - Bande Annonce from Superlorna on Vimeo.

Merci à l'équipe d'avoir pensé à moi et voici le lien Facebook

vendredi 12 août 2011

L'image, les mots, l'imaginaire

Au cours de différentes conférences sur le thème des grandes affaires criminelles de la Vienne, il y a une question qui revient régulièrement : "Vous ne faites jamais de cauchemars avec toutes ces histoires sordides ?" Finalement, la réponse est assez simple. Lorsque l'on met seulement des mots sur des crimes de sang (j'en reste à ce type d'affaires) - et même lorsque l'on lit des rapports de médecins légistes - il est difficile de réaliser la dureté des gestes commis, les corps abîmés, les visages meurtris.


En revanche, dès que l'on commence à passer les années 1900 et que l'on tombe sur des photographies (ce qui n'est pas le cas pour la Vienne), le regard porté sur le crime change. L'histoire racontée devient subitement palpable, l'imaginaire laisse la place au réel.

 

Mais plus que les photos de cadavres qui finalement ne m'intéressent peu et ne servent que ce désir de voyeurisme que l'on a en chacun de nous (qui n'a jamais ralenti, lors d'un accident, pour apercevoir ne serait-ce qu'une tâche de sang, symbole de la violence d'un choc), ce sont les personnes qui m'intriguent et les histoires qui les entourent. Ces "anonymes de l'histoire" comme les historiens aiment si bien les nommer, qui un jour sont passés à l'acte ou ont été victime. Là encore, je mets de côté les grands criminels, ceux de sang-froid, mais parle plutôt des désespéré(e)s qui un jour ont franchi la limite. Autant les photos de cadavres coupent l'imaginaire, autant lorsque je regarde les photos ci-dessous issues des archives de la police de Sydney, plus que les faits commis, je me demande quelle a été l'histoire de ces hommes et de ces femmes. Les archives judiciaires, notamment du XIXème siècle, donnent des détails très précis sur des "tranches" de vie, des descriptions de garde-robe, de lieu, un emploi du temps, des propos tenus,... Tout comme pour les héros de roman, parfois on aimerait y ajouter un visage...



Illustrations découvertes sur le site La Boîte Verte

dimanche 24 avril 2011

"La Pierreuse" et ses deux amants

Pour terminer la série châtelleraudaise... Une dernière histoire.

En avril 1920, Gaston Berthelot est libéré de la prison de Poitiers Il avait été condamné pour vol. Le peintre en bâtiment de 34 ans, retourne à Châtellerault auprès de sa famille qu’il n’a pas vue depuis plusieurs années. Immédiatement, ce « malfaiteur endurci, ce voleur impénitent », comme le nommera l’avocat général au cours du procès, reprend sa vie de débauche.

Un mois après sa libération, Gaston fait la connaissance de Léonie Michot dont il veut devenir l’amant. A force de brutalités, l’homme parvient à ses fins, obligeant la jeune femme âgée d’une vingtaine d’années à se livrer à la prostitution et à lui procurer l’ensemble de ses revenus. Régulièrement battue, « la pierreuse » se console rapidement dans les bras d’un autre homme, Daniel Jude, camarade de travail de Gaston. Voulant rétablir son autorité sur sa maîtresse, Gaston menace les nouveaux amants de les tuer s’ils continuent à se fréquenter. Au cours d’une rixe entre les deux hommes, Léonie qui tente de les séparer, reçoit un violent coup de poing qui lui brise deux dents (au cours du procès, Berthelot déclarera lui avoir délivré seulement « une tape »…)

Le 4 juin, Gaston croise une nouvelle fois Daniel Jude avec, à son bras, Léonie. Pour en finir une bonne fois pour toute, il donne rendez-vous à son rival à 21 heures, avenue d’Antoigné. Daniel Jude arrive à l’heure convenue. Berthelot l’attend au milieu de la rue. Lorsque Jude lui demande quelles sont ses intentions, Berthelot les lui fait comprendre immédiatement en déchargeant le revolver qu’il dissimulait derrière son dos. Atteint au bas-ventre, Jude s’effondre et expire quelques instants après. Le lendemain, Gaston retrouve Léonie. Toujours armé de son revolver, il cherche à l’intimider et lui demande de revenir avec lui. Endeuillée, n’ayant plus rien à perdre, Léonie refuse et s’apprête à aller le dénoncer. Elle ajoute que le seul moyen de l’en empêcher sera de la faire taire à jamais. Gaston pointe alors son arme vers la jeune fille et... la pose sur le sol. Pris de remords, il se constitue prisonnier au commissariat de Châtellerault.

Le procès de Gaston Berthelot s’ouvre à Poitiers le 2 août 1920. Au cours de l’audience, l’avocat général Bonnin et le défenseur de l’accusé, Me Gros, se livrent à une véritable joute verbale. Le premier, dans son réquisitoire, décrit l’accusé comme « un danger pour la société et digne d’aucune pitié ». L’avocat de la défense, qui a la lourde tâche de sauver la tête de son client, trouve des accents poignants pour plaider les circonstances atténuantes. Il définit cette sombre histoire comme « un drame passionnel causé par un amour charnel, un amour bas ». Il conclut son propos par les mots du romancier et journaliste français, Alphonse Karr : « Deux ouvriers se battent dans la rue avec des couteaux ; on les prend pour des malandrins. Allongez les armes, vous en faites des épées et c’est un duel d’hommes du monde ». L’audace de l’homme de loi s’avère payante : les circonstances atténuantes sont accordées à Berthelot qui est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Sources : L'Avenir de la Vienne
Illustration : "La Pierreuse", estampes de Félicien Rops

lundi 14 mars 2011

Tragique querelle de bouchers

Encore une affaire se déroulant à Châtellerault sortie des cartons... 

Lorsque l’accusé pénètre dans le prétoire le 26 novembre 1859, la flopée de curieux présente dans la salle d’audience du tribunal de Poitiers est déconcertée. Impatiente de croiser le regard de ce boucher, dont les mains déjà rougies par le sang des animaux portent maintenant celui d’un homme, la foule n’entrevoit à sa grande déception, qu’un minot « à peine formé », tout juste âgé de 16 ans. Devant lui, sur la table des pièces à conviction, est posé le tablier encore teinté du sang de la victime. A côté, en évidence, se trouve le dépeçoir, outil de travail devenu une arme meurtrière entre les mains du prévenu.

Aux questions qui lui sont adressées, celui-ci déclare se nommer Delphin Adolphe Roy, être né à Naintré et exercer la profession de garçon-boucher. Ainsi débute son procès.

Depuis plusieurs mois, la corporation des bouchers de Châtellerault est déchirée par des rivalités internes. L’abattoir communal, rendez-vous obligé des étaliers, est quotidiennement le théâtre d’injures et de provocations. De tous ces heurts, la haine que se vouent Léon Bachelier, plus grand boutiquier de la ville, et Davignon « le borgne » dont les affaires sont beaucoup moins florissantes, est sans aucun doute la plus virulente. La moindre étincelle suffirait à donner à cette animosité une issue tragique. Ce sont finalement les paroles d’une chanson sifflotée par Léon Bachelier et son apprenti, Louis Ferrand, qui attisent les rancoeurs et les jalousies trop longtemps contenues. « Travailles donc volontaires pour nourrir tes petits poupons », ces mots dirigés à l’encontre de la fille Davignon, mère d’un enfant illégitime, suffisent à déclencher la colère de l’artisan rival et de son employé, Delphin Roy.

Excités par leurs patrons respectifs, les deux garçons-bouchers se jettent l’un sur l’autre. La lutte est inégale. Roy, de plus faible constitution, est très vite terrassé par son adversaire. Dans un moment de confusion, il parvient à se saisir du tranchoir accroché à sa ceinture. Il frappe de toutes ses forces, au hasard. Le bruit de la lame transperçant la chair, le sang dégoulinant et l’écho d’un cri sourd résonnant dans tout le bâtiment arrêtent brusquement les hostilités. Tous restent figés, le silence s’installe, les secondes s’égrainent. Ferrand, plié en deux la main sur le ventre, s’effondre sur le sol. Bachelier se précipite près du corps de son jeune commis. Aux appels à l’aide, le meurtrier ne bouge pas. Il reste là, impassible, à contempler l’agonie du malheureux. Ferrand sera la victime de cette querelle de métier.

Les débats de son procès terminés, Roy sait pertinemment que la non préméditation de son crime plaidée par son avocat est sa seule chance d’éviter une lourde peine. Malgré quelques témoignages à charge accablants, les jurés concluent qu’il n’a fait que répondre aux provocations de son adversaire. C’est avec un léger soulagement, qu’il prend alors connaissance du verdict : six mois d’emprisonnement.

Sources : Archives départementales de la Vienne, 2 U 1643
Illustration : Un drame mettant en scène un boucher, Supplément illustré du Petit Journal.