mardi 12 août 2008

Les grandes affaires criminelles de la Vienne

Depuis novembre 2006, je signe une chronique judiciaire dans l'édition de la Vienne de la Nouvelle République du Centre-Ouest intitulée : Les Crimes du Lundi.

Tous les lundis, une grande affaire criminelle ayant défrayé la chronique au XIXème ou au XXème siècle dans le département de la Vienne, est ainsi relatée. Pour cela, plus de 160 affaires ont été dépouillées et plus d'une cinquantaine d'entre-elles déjà publiées.

L'aboutissement de ce travail de recherche est la sortie d'un livre publié chez Geste éditions dans lequel 13 des plus grandes affaires sont relatées d'une manière plus complète.

Pour consulter le sommaire du livre et lire quelques extraits, cliquez ici : Le livre

Je dirige également la collection des grandes affaires criminelles chez Geste éditions. D'autres ouvrages sur la Corrèze, la Charente-Maritime, la Touraine et les Deux-Sèvres sont parus. Pour les consulter, cliquez ici : La collection

Ce blog est donc créé pour permettre aux lecteurs de retrouver les histoires déjà parues dans la Nouvelle République, pour échanger des informations et pourquoi pas avoir des avis sur le contenu du livre. Bonne lecture...

Depuis février 2008, une nouvelle chronique judiciaire existe également dans la Nouvelle République pour le département de l'Indre. Pour consulter les articles parus, cliquez ici : Affaires criminelles en Berry.

Le livre "Les grandes affaires criminelles de l'Indre" paraîtra quant à lui en janvier ou février 2009...

Le destin tragique du médecin de Neuvy-Pailloux

En 1888, Marie Bordas, alors âgée de 14 ans, quitte, avec ses parents, la ville de Limoges pour s’installer à Paris. Pendant plusieurs années, la jeune fille est employée tour à tour dans un magasin de mode, dans une maison de deuil. En 1893, alors qu’elle travaille dans une fabrique de plumes, Marie fait la connaissance d’un étudiant en médecine, Léon Bassaget. Débute entre eux une relation amoureuse. Rapidement, le jeune homme lui avoue le terrible secret qui le ronge. Son nom, Bassaget, est un nom d’emprunt. Léon, qui s’appelle en réalité Anastay, n’est autre que le frère du lieutenant Anastay condamné à mort et guillotiné à Paris en 1892 pour avoir étranglé une vieille dame. Pendant trois ans, les parents de Marie vont entretenir le jeune homme le temps qu’il finisse sa thèse. Son diplôme en poche, le couple se marie civilement en 1896, dans le XIIème arrondissent. Après avoir exercé dans le Loiret, le médecin et sa femme s’installent, en 1903, dans l’Indre à Neuvy-Pailloux. Dans leur maison située place de la mairie, à l’angle de la Grand’rue et de la rue de la Gare, le ménage semble uni.

Le médecin, âgé de 39 ans, facilement reconnaissable à sa silhouette au teint de cire, à sa barbe grisonnante et taillée en pointe, ne tarde pas à se faire une belle clientèle. Cependant, le bonheur des Bassaget est terni par plusieurs éléments. La santé de Léon s’est beaucoup dégradée. Neurasthénique, il se soigne par des injections régulières de morphine. Marie, de son côté, est d’un caractère extrêmement jaloux. Elle ne supporte pas que son mari adresse la parole à une cliente sans qu’elle voit en elle une maîtresse. Alors, lorsque la rumeur attribue une liaison entre le docteur et Germaine Duché, une voisine âgée de 18 ans, les scènes deviennent de plus en plus vives et de plus en plus régulières. Le 23 juillet 1907, Léon est souffrant. Atteint de rhumatismes, il garde le lit toute la journée. Marie est auprès de lui. Une discussion s’élève entre les deux époux et se change rapidement en une dispute terrible. La jalousie de Marie vient de reprendre le dessus. Elle veut savoir si son mari la trompe avec la petite voisine. « Va chercher celle que tu dis être ta maîtresse, nous allons tirer l’affaire au clair », lui crie-t-elle. Marie devient hystérique et brise tout ce qui lui passe sous la main. Probablement surexcité par la morphine, Léon entre dans une colère noire à son tour. « Pars où je te tue ! », dit-il à sa femme en saisissant son revolver. Léon ouvre un tiroir de son bureau et sort plusieurs billets. Il lui donnera ce qu’elle veut pour vivre. Affolée, Marie dévale l’escalier et se précipite dans la pharmacie de son mari. Elle se munit d’une casserole émaillée, la remplit de vitriol. Elle revient dans la chambre. Son mari est accoudé sur le bureau en train de compter l’argent qu’il compte donner à sa femme. Marie s’approche et verse le contenu de la casserole sur le visage de son mari. Léon hurle de douleur. Le liquide corrosif lui coule sur tout le corps. Marie est elle-même brûlée au menton et aux mains. Pour essayer de calmer les souffrances qu’il endure, Léon déchire sa chemise et se dirige vers un seau d’eau. Marie s’empare alors du revolver qui était posé sur le bureau et se met à le poursuivre dans toute la maison. Elle tire une première fois mais manque sa cible. Léon passe dans le corridor. Il est presque dehors lorsque Marie se présente en face de lui. Cette fois, elle ne tremble pas. Léon est touché en pleine poitrine et meurt sur le coup.

Le 6 septembre 1907, Marie Bassaget est renvoyée devant la cour d’assises de l’Indre. « C’est l’affaire sensationnelle de la présente session. Les affaires passionnelles de cette nature, plutôt rares en Berry, ont attiré dans le prétoire un public aussi nombreux qu’élégant car c’est l’élément féminin qui domine et de beaucoup », écrit le chroniqueur du Journal du département de l’Indre. Marie Bassaget fait son entrée. C’est une brune plutôt forte au teint coloré qui s’exprime avec un fort accent. Au cours de sa plaidoirie, maître Gautier-Rougeville, du barreau de Paris, défend le geste de sa cliente ainsi : « Nous nous trouvons en présence d’un crime passionnel. Le cœur n’a pas de loi et la répression d’aujourd’hui n’empêchera pas d’autres de recommencer demain ». Après vingt minutes seulement de délibération, les jurés rendent un verdict négatif. Marie Bassaget est acquittée.


Sources : Le Journal du département de l’Indre
Illustrations : Comparution et exécution du lieutenant Anastay, frère de la victime dans le Supplément illustré du Petit Journal et dans le Progrès Illustré ; Vue de la rue de la Gare à Neuvy-Pailloux où résidaient le couple Bassaget

lundi 28 juillet 2008

La passion meurtière du pharmacien de Levroux

Dans le courant de l’année 1861, Athanase Pineau, âgé 25 ans, s’installe à Levroux, où résident déjà plusieurs membres de sa famille. Il ouvre une petite officine, place du Marché. Face à son magasin, de l’autre côté d’une ruelle étroite, se trouve l’épicerie tenu par le sieur Darnault. Des rapports amicaux s’établissent rapidement entre les deux commerçants, d’autant plus qu’ils se découvrent des liens de parenté. Au bout de quelques mois, Athanase est pris d’une passion violente pour Valentine, la femme de son nouvel ami. Après plusieurs hésitations, Athanase se décide enfin, en avril 1864, à déclarer sa flamme.

Un soir, profitant de l’absence du sieur Darnault, il pénètre dans l’épicerie. Valentine est assise à son bureau. Elle lit le journal. Sûr de lui, Athanase commence par glisser quelques « galanteries » à l’oreille de la femme de 28 ans. Puis, se faisant plus pressant, il lui demande de fuir avec lui. Surprise, Valentine le traite de fou et le met à la porte. Ce premier échec, loin de le décourager, exalte au contraire les désirs du pharmacien. En février 1865, alors que M. Darnault est une nouvelle fois absent pour affaire, Athanase retente sa chance. Il se rend dans la boutique de son voisin. Valentine semble seule. Athanase lui parle de son amour pour elle, puis d’un mouvement brusque la saisit par le bras et tente de l’embrasser. Valentine parvient à se libérer de son étreinte et, en guise de représailles, lui porte deux soufflets. Piqué dans son orgueil, Athanase nourrit alors des désirs de vengeance. A partir de ce moment, une rupture complète s’établit entre les deux familles. Le 27 août 1866, c’est jour de marché à Levroux. Athanase a ouvert son officine dès l’aube. D’humeur joyeuse, le pharmacien fume plusieurs cigarettes, installé dans son fauteuil. Curieux, il observe attentivement l’animation qui règne sur la place du bourg. Vers 10h, il aperçoit soudain Valentine quittant son épicerie. Elle est accompagnée de sa mère. Athanase épie ses moindres faits et gestes. Comme Valentine lui tourne le dos, il en profite pour s’emparer de son fusil et se poster sur le seuil de son magasin. Il s’agenouille pour mieux ajuster sa cible et fait feu. Valentine s’effondre sur le pavé dans la panique générale. La balle lui a perforé les reins et l’estomac. Elle décède quelques instants plus tard. Après avoir erré dans les rues, Athanase se rend à la gendarmerie où il se constitue prisonnier. Au cours de son interrogatoire, il déclare que la passion a troublé sa raison. « C’était plus que de l’affection. C’était de la passion, de la folie. Je ne me possédais plus », avoue-t-il au juge d’instruction. Le crime passionnel de Levroux est jugé devant la cour d’assises de l’Indre les 18 et 19 décembre 1866. Lorsque l’accusé fait son apparition dans le prétoire, la foule nombreuse découvre un homme d’1,69 m, mince, blond aux yeux bleus, portant une large moustache et des favoris. L’accusé semble absent des débats. Il appuie sa tête sur sa main gauche de manière à dérober ses traits aux regards du public. Au cours de son réquisitoire, l’avocat général rappelle la moralité exemplaire de la victime, « cette mère de famille dévouée, brusquement enlevée à l’affection des siens parce qu’elle a repoussé les avances d’un libertin ». Il réclame la tête de l’accusé. Athanase Pineau est déclaré coupable d’assassinat avec préméditation. Les jurés ayant accordé les circonstances atténuantes, l’accusé évite la guillotine. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.


Sources : Le Moniteur de l’Indre et Archives départementales de l’Indre, 2 U 87.
Illustrations : Plan de la scène du crime et signature de l'assassin (AD36)

dimanche 27 juillet 2008

Criminocorpus

Le blog des Crimes du lundi est maintenant répertorié sur le site Criminocorpus du CNRS, le portail sur l'histoire de la justice, des crimes et des peines.

mardi 22 juillet 2008

C'est terminé...

Après plus d'un an et demi d'une publication hebdomadaire, près de 70 affaires sorties des archives départementales de la Vienne (toutes ne sont pas sur le blog, celles qui ont posé des problèmes pour les familles n'ont pas été postées), l'aventure que sont les Crimes du lundi se termine aujourd'hui. En effet, même si quelques crimes auraient pu être encore relatés, la plupart des grandes affaires du département ont été publiées. Vous pouvez d'ailleurs retrouver 13 d'entre-elles dans mon livre, Les grandes affaires criminelles de la Vienne. D'autres projets éditoriaux, des conférences, des séances de dédicaces sont également prévus dans les mois à venir...

Je tiens à remercier sincèrement Marc Dejean, ancien directeur départemental de la Vienne du quotidien La Nouvelle République, pour la confiance qu’il m’a témoignée en septembre 2007 en me laissant quelques lignes pour la rédaction de la chronique judiciaire hebdomadaire Les crimes du lundi. Que soient également remerciés, Jean-Yves Le Nezet et Delphine Noyon, ainsi que tout les membres du journal la Nouvelle République. Ne pas oublier, le personnel des archives départementales de la Vienne et de la médiathèque François Mitterrand de Poitiers pour leur disponibilité et leurs compétences. Je pense tout particulièrement à Géraldine Marquet, Jean-Philippe Bozier et Jacques Lassus. Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont collaboré de près ou de loin à cette rubrique et notamment Michèle Laurent pour tous les renseignements fournis sur les bagnards. Merci également aux lecteurs, nombreux apparemment, qui n'ont pas hésité à me contacter pour me donner plus d'informations sur des procès et des affaires qu'ils ont malheureusement vécus ou entendu parler...

L'aventure ne s'arrête pas là. Les Crimes du lundi continuent pour le département de l'Indre avec la rubrique des grandes affaires criminelles du Berry.

Le livre "Les grandes affaires criminelles de l'Indre" paraîtra quant à lui en
janvier ou février 2009...

Le "couple ignoble" de Bournand

Le 16 janvier 1946, le docteur Jean Sevestre de Loudun est appelé en urgence dans le village de Bournand, au chevet de la petite Denise Chatry âgée de 10 ans. Lorsqu’il se présente au domicile des époux Chatry, un couple de cultivateurs âgé de 43 ans, le médecin découvre la fillette agonisante sur son lit. Débutant son examen, l’homme de l’art est déconcerté par la maigreur excessive de ce corps de seulement 10 kilos, « soit le poids moyen d’un bébé normal de 16 mois », note-t-il dans son rapport. La fillette est si affaiblie, si décharnée, qu’immédiatement le médecin décide de la transporter à l’hôpital. « Je croyais emmener un cadavre dans ma voiture », déclarera-t-il plus tard au cours du procès. Malgré les soins prodigués, Denise décède le lendemain de son hospitalisation. Le praticien qui procède à l’autopsie est affirmatif : l’enfant est morte de privations. Le permis d’inhumer est refusé, une enquête est immédiatement ouverte.

Les gendarmes de Loudun n’ont aucune difficulté à réunir des preuves accablantes sur l’attitude ignoble de Joseph et Léontine Chatry. Dès l’annonce de la mort de la petite Denise, les langues de tous les habitants du bourg se délient. Plusieurs voisins déclarent aux gendarmes que les Chatry séquestraient leurs enfants en les enfermant à demi-nus dans l’écurie malgré le froid, avec seulement un morceau de pain pour nourriture. L’air de souffrance imprimé sur leur visage, leur saleté et leur état d’amaigrissement extrême leur inspiraient d’ailleurs la pitié. Dès qu’ils croisaient les enfants, ils en profitaient pour leur donner en cachette un peu de pain ou quelques friandises. Des assistantes sociales ont même été alertées par l’instituteur du bourg pour qu’elles mettent fin aux brimades dont le frère et la sœur étaient victimes. En vain.

Le procès du « couple ignoble » de Bournand s’ouvre à Poitiers le 20 novembre 1946. Au moment de la lecture de l’acte d’accusation, la foule nombreuse a du mal à imaginer une histoire aussi révoltante que celle des deux inculpés qui, froidement, ont contraint leur enfant à une terrible agonie. Au cours de son interrogatoire, Léontine Chatry récuse, avec un pâle sourire sur les lèvres, toutes les accusations portées contre elle. « J’aimais trop ma petite fille pour la priver de soins ou de nourriture comme on me le reproche », clame-t-elle sous l’indignation de l’auditoire. Pour sa défense, le mari déclare qu’il donnait bien de la nourriture à sa fille, mais en cachette, de peur que son épouse le batte. « Vous aviez le temps de réfléchir et d’intervenir d’une manière ou d’une autre », lui rétorque sèchement le président des assises. Lors de son réquisitoire, le substitut du procureur dit toute sa répulsion pour ce couple abominable et inhumain. Seule la peine de bagne peut convenir pour faire expier à de tels êtres une attitude impossible à qualifier. Joseph Chatry est condamné à 10 ans de travaux forcés. Léontine est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Le 7 octobre 1953, sa peine est commuée en 20 ans de travaux forcés. Emprisonnée à la centrale de Rennes, Léontine bénéficie de plusieurs remises de peine.

Sources : L’Avenir de la Vienne
Illustration : La marâtre de Bournand, photographie publiée dans l’
Avenir de la Vienne
Merci à Michèle Laurent pour les informations sur les bagnards

vendredi 11 juillet 2008

Les époux diaboliques de Beuxes

En février 1894, est célébré en l’église de Beuxes, le mariage de Félix Rebufault, 35 ans, et d’Angélina-Adélaïde Barin. Rapidement, le couple connaît des problèmes d’argent. Pressés par les créanciers, les époux Rebufault vont trouver une solution radicale. Angélina-Adélaïde ne supporte pas la misère dans laquelle elle vit. Elle le fait savoir à son mari en l’assommant continuellement de reproches. Pour remédier à cette position délicate, Félix use de tous les stratagèmes possibles. Il fait croire tout d’abord que ses économies qui s’élevaient à 650 francs lui ont été soustraites. Il est ensuite condamné pour avoir volé et revendu une jument. Le 28 janvier 1895, le couple reçoit une lettre menaçante d’un négociant de toile à Egliseneuve-d’Entraigues qui leur réclame la somme de 115 francs pour une commande de tissu. Cette fois, il leur faut absolument payer cette obligation. Une victime idéale est vite trouvée. Il s’agit de leur voisin, Louis Gillard, 64 ans. Le cultivateur, qui vit seul depuis plus de vingt ans, est bien connu pour posséder un pécule non négligeable. Une fois par jour pendant près d’une semaine, pressé par les brimades incessantes de sa femme, Félix lui rend visite. A chaque fois, le domestique part avec la ferme intention d’en finir, mais au moment de passer à l’acte, le courage lui fait cruellement défaut.

Face à la faiblesse de son mari, Angélina-Adélaïde décide de prendre les choses en main. Le 4 février, après avoir dicté à Félix la conduite à suivre, elle se rend chez Louis Gillard. D’une nature farouche, elle n’a aucun mal à « déstabiliser » sa proie. Si bien que lorsque Félix pénètre à son tour dans la maison de son voisin, il le découvre debout près du buffet, le pantalon baissé. Cette fois, Félix ne tremble pas. Muni d’un pic de terrassier, il assène un coup terrible qui fend en deux le crâne du malheureux Gillard. Pour s’assurer que la victime est bien morte, le domestique lui recouvre le visage avec une blouse. Pendant plus deux heures, les époux fouillent minutieusement la maison. Ils repartent chacun de leur côté, Angélina-Adélaïde avec la somme de 400 francs en poche, Félix avec un sac d’oignons sur le dos.

Dès que la nouvelle qu’un meurtre a été commis se répand dans les alentours, la mauvaise réputation de Félix le rattrape aussitôt. Interrogé par les gendarmes, il finit par avouer son forfait. Il dénonce par la même occasion sa femme et déclare que l’argent est caché sous un carreau du sol de leur chambre. Arrêtée cinq jours plus tard, non seulement Angélina-Adélaïde nie énergiquement toute participation au meurtre, mais elle a eu le temps de changer le magot de place. Le procès des époux diaboliques de Beuxes s’ouvre à Poitiers le 27 mai 1895. Aux termes de débats qui n’intéressent guère les journalistes poitevins, Félix Rebufault est condamné aux travaux forcés à perpétuité et sa femme à 10 ans de réclusion. Angélina-Adélaïde emporte avec elle en prison le secret de la cachette de l’argent volé.

Sources : L’Avenir de la Vienne
Illustration : Plan de la scène du crime. La victime habitait au lieu-dit Andrault

samedi 28 juin 2008

Tuée sous les yeux de son fils pour une simple réprimande

En janvier 1923, les habitants du département de l’Indre sont sous le choc. Céline Nicodeau, résidant à la Maison Blanche à proximité de Châteauroux, a été assassinée en plein jour, sous les yeux de son fils de quatre ans. C’est son jeune domestique, Louis Métayer, qui a découvert dans la grange le corps sans vie de la malheureuse. A la fin de la Première Guerre mondiale, après s’être exilés en Suisse, Jules Nicodeau et sa femme, Céline Loulergue, viennent s’installer dans le département de l’Indre. Les jeunes mariés, âgés d’une trentaine d’années, deviennent propriétaires de l’hôtel du Cheval Gris situé rue Bourdillon à Châteauroux. A la naissance de leur premier enfant en 1919, ils cèdent leur commerce et achètent une ferme à la Maison Blanche, à 3 kilomètres de Châteauroux. Comme Jules est absent toute la semaine, il a repris momentanément l’activité de bouilleur de cru de son père décédé dans l’Allier, un domestique est engagé en juin 1922, pour aider à la traite des vaches et à la distribution du lait.

Il s’agit de Louis Métayer. L’enfant de 15 ans, pupille de l’Assistance publique, est né au Vivier, dans la commune du Pêchereau. Le mercredi 17 janvier 1923, vers 7h30, Louis Métayer place, comme à son habitude, dans son tombereau les pots de lait qu’il doit livrer en ville. Comme il rechigne un peu à la besogne, Mme Nicodeau lui fait de vifs reproches. « Tu fais mal ton travail. On devra se séparer de toi », dit-elle sèchement. Louis ne prête guère attention à ses remarques. Constatant ensuite que son domestique a dispersé du foin partout dans la grange, elle l’interpelle une nouvelle fois. « Il faut que je ramasse le foin que tu n’as pas pu lever proprement », ajoute-t-elle, exaspérée. Cette remarque est celle de trop. Louis pénètre discrètement dans la grange. Mme Nicodeau, occupée à rattraper la négligence de son employé, ne l’entend pas entrer. Le garçon s’empare d’un maillet et assène un coup violent sur la tête de sa patronne. Comme elle bouge encore, Louis s’acharne. Cette fois, le travail sera bien fait. Calmement, Louis ferme la porte derrière lui, en profite pour voler la montre et les chaussures de son patron, et part faire sa tournée comme si de rien n’était. De retour vers 10h, il trouve le petit Nicodeau en pleurs devant la maison. Louis prend l’orphelin par la main et se rend à Châteauroux, chez la belle-sœur de Jules Nicodeau. Sans aucun signe d’affolement, il lui annonce que sa patronne a été tuée. C’est finalement le fils Nicodeau qui met les gendarmes sur la voie. « C’est P’tit Louis qui a enfermé maman dans la grange », dit l’enfant, encore sous le coup de la terreur. Longuement interrogé, Louis Métayer finit par avouer son meurtre avec une impassibilité effroyable.

C’est avec ce calme qu’il devait avoir en frappant sa patronne que Louis Métayer vient rendre compte le 18 avril 1923, devant le tribunal correctionnel de Châteauroux, de son monstrueux forfait. Comme le prévoit la loi pour les procès intéressant les mineurs pénaux de moins de 18 ans, les débats se déroulent à huis-clos. Louis Métayer est accusé de meurtre et de vol. Il est condamné à la peine maximale délivrée à un mineur, vingt ans de réclusion dans une colonie correctionnelle et dix ans d’interdiction de séjour. « L’œil sec, le regard obstinément fixé à terre, Louis Métayer s’en est allé, insensible à ce qu’il venait d’entendre, pensant peut-être à l’heure de la libération qui le rendra à la société à 35 ans, probablement avec ses mêmes instincts et encore jeune », conclut le chroniqueur du Journal du département de l’Indre.

Sources : Le Journal du département de l'Indre
Illustration : Numéro de l’
Assiette au Beurre de 1908 sur la délinquance juvénile (illustration du dessinateur castelroussin Bernard Naudin)